rofesseur d'éducation civique, juridique et sociale, on m'a demandé de lire, en présence de mes élèves, la lettre de Guy Môquet, le 22 octobre. Je refuse de le faire. Pour nous, enseignants de l'école républicaine, nos maîtres sont à l'université, et non ailleurs. Je pense en particulier à Marc Bloch, historien et professeur de l'université de Strasbourg, fusillé par les nazis le 16 juin 1944. Fidèle à l'esprit qui l'animait, nous ne pouvons que condamner l'instrumentalisation qui est faite actuellement de la lettre de Guy Môquet à des fins électoralistes - par un ancien candidat à l'élection présidentielle - et partisanes - par un entraîneur de rugby.

Je remplace cette lecture par un travail avec mes élèves sur le respect des droits de l'homme aujourd'hui dans mon pays. Nous rappelant la place éminente tenue par les étrangers dans la résistance au nazisme en France, nous analyserons, à partir d'articles de presse, l'attitude vis-à-vis des étrangers aujourd'hui dans notre pays (...).

Guy Môquet achevait ainsi sa lettre : « Vous tous qui restez, soyez dignes de nous qui allons mourir. » C'est notre manière à nous, éducateurs et enseignants de la République, de témoigner notre fidélité aux idéaux de la Résistance et à ceux qui les incarnaient. Face aux jeunes de notre pays et face à ceux qui nous gouvernent.

Jean-Paul Blatz

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Guy, Louis, Paul, René et les autres...

Article paru dans l'édition du 18.10.07
La lecture aux lycéens de la lettre de Guy Môquet suscite des inquiétudes et une polémique infondées

n n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans... » chantonnait Rimbaud. C'est à cet âge, pourtant, voilà soixante-six ans, qu'un jeune Français laissait échapper ses derniers rêves de liberté, sous les balles de l'oppression.

Comment ce martyre peut-il être appréhendé par un adolescent d'aujourd'hui ? Indépendamment de l'émotion que suscite un assassinat à la fleur de l'âge, la mort de Guy Môquet ne doit pas être saisie comme un simple fait, singulier et choquant, ni comme un accident de l'histoire. Elle illustre tragiquement le courage de la jeunesse qui, à chaque époque et en tout lieu, refuse l'oppression, l'injustice, la violence du monde.

C'est ce qu'écrivit ce jeune communiste, à la veille de son exécution. Il s'adresse aux siens, puis à nous, à tous ceux qui lui ont succédé, pour nous implorer de faire germer sa brève et brave existence, de donner vie à sa mort. On ressent dans ce testament un enfant partagé entre la piété filiale et l'intérêt supérieur de la nation. On entend enfin le cri du lycéen qui incite son frère à étudier pour réussir sa vie d'homme. Si la lettre de Guy Môquet, avec ce qu'elle symbolise, restait dans l'oubli, nous serions des dépositaires indignes, sourds à son message.

Le 22 octobre, date anniversaire de l'assassinat de Guy Môquet, sa dernière lettre sera lue aux lycéens de France, comme l'a proposé le président de la République. Elle ne sera pas exploitée à des fins politiciennes, idéologiques ou cocardières. Elle ne cherchera pas des élans compassionnels ou stérilement émotionnels. Elle sera lue dans les lycées parce que, justement, c'est le lieu qui lui convient. Aucune institution n'est plus légitime pour accueillir ce témoignage et pour associer devoir de mémoire et acte pédagogique. Nous touchons là au coeur de sa mission.

J'entends des réticences. On conteste l'injonction. On craint la récupération. Je veux lever cette vaine inquiétude : la liberté pédagogique sera, ici comme en toutes circonstances, respectée. J'ai voulu que les modalités du déroulement de cette manifestation soient laissées à la libre initiative des équipes pédagogiques et des chefs d'établissement. Ils auront toute liberté d'élargir leur lecture à d'autres témoignages portant sur le même thème : un poème de Louis Aragon, une strophe de Paul Eluard, un feuillet de René Char, un texte de Maurice Druon, etc.

RENDEZ-VOUS AVEC L'HISTOIRE

J'ai adressé aux enseignants une série de documents comprenant même le récit des dernières heures des jeunes résistants allemands Hans et Sophie Scholl. Naturellement, ces suggestions ne sont pas limitatives ou exhaustives. J'incite les professeurs à en élargir le choix, en accord avec leur projet et leur progression pédagogique. Ils peuvent proposer toutes les initiatives qu'ils jugeront nécessaires pour replacer la lettre de Guy Môquet dans son contexte et pour lui donner sens.

Je veux le dire aux professeurs et éducateurs, dont je respecte les engagements : les Français jugeraient sévèrement que ce moment républicain soit détourné à d'autres fins. N'en faisons pas une polémique. Ce 22 octobre ne doit pas être une commémoration solennelle ou ostentatoire, régie par un déroulé uniforme, mais l'occasion d'une réappropriation, par la communauté éducative, d'un épisode de notre histoire.

Dans bien des établissements, d'ailleurs, la préparation de cette journée donne lieu à des projets éducatifs remarquables, animés par des enseignants soucieux de concilier la transmission du savoir et le sens des valeurs civiques. L'école est dans son rôle quand elle renforce la cohésion nationale autour d'une histoire, de valeurs et d'aspirations communes. Cette volonté de rassemblement sera manifeste grâce à la présence, dans les établissements, d'élus de tous bords, d'anciens combattants et résistants, d'intellectuels, ou de diverses personnalités de la société civile.

Il est bon que la nation ait rendez-vous avec son histoire. Quel lieu plus légitime que l'école pour une telle rencontre ?

Xavier Darcos